
Berck-sur-Mer : le feuilleton judiciaire autour du casino se poursuit et s’enlise dans les procédures
Le dossier du casino de Berck-sur-Mer continue de s’inscrire dans la durée judiciaire, avec un nouveau report d’audience qui prolonge encore un peu plus une affaire déjà complexe. Initialement prévue le mercredi 20 mai 2026 au tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer, l’audience a finalement été renvoyée au 4 février prochain, repoussant une nouvelle fois l’examen du litige opposant le groupe Partouche à plusieurs représentants de l’État et de la collectivité locale.
Ce contentieux, particulièrement suivi dans la région, met en cause le groupe Partouche, ancien exploitant du casino, qui a engagé des poursuites contre le préfet du Pas-de-Calais François-Xavier Lauch, la sous-préfète Isabelle Fradin-Thirode, le maire de Berck-sur-Mer Bruno Cousein, ainsi que la commune elle-même. Au cœur du différend : les conditions dans lesquelles la gestion et la possession du bâtiment du casino ont été reprises au début de l’année, dans un contexte juridique particulièrement tendu.

Une reprise de possession contestée
Le groupe Partouche reproche aux autorités publiques l’intervention menée le 18 février dernier, lorsque les forces de l’ordre ont été mobilisées pour permettre la reprise de possession des lieux. Cette opération avait été réalisée dans un contexte de forte incertitude juridique, puisqu’une décision de justice en vigueur à ce moment-là interdisait toute prise de possession du bâtiment.
Pour Partouche, cette intervention constitue une atteinte à ses droits et une exécution prématurée ou irrégulière d’une décision administrative et judiciaire. Le groupe estime que cette action a eu des conséquences directes sur son activité économique et son image, en plus d’avoir interrompu brutalement l’exploitation du site.
Fait notable dans ce dossier, la décision de justice qui encadrait l’interdiction initiale a depuis été annulée en appel. Cet élément complexifie encore davantage l’affaire, car il ouvre la voie à des interprétations juridiques divergentes sur la légitimité des actes réalisés au moment des faits.
Des demandes d’indemnisation importantes
Dans le cadre de la procédure engagée, le groupe Partouche réclame des indemnisations substantielles. Il demande notamment plus de 160 000 euros au titre de la perte d’exploitation, estimant avoir subi un préjudice financier direct lié à l’impossibilité d’exploiter le casino pendant la période concernée.
À cela s’ajoute une demande de 30 000 euros pour préjudice moral. Le groupe évoque notamment les impacts en termes d’image, de réputation et de perturbation de son activité dans un secteur très concurrentiel où la continuité d’exploitation est un facteur clé de rentabilité.
En face, les autorités mises en cause contestent cette lecture des faits et défendent la régularité des opérations menées, en s’appuyant notamment sur le cadre administratif et les décisions disponibles au moment de l’intervention. Le tribunal devra donc arbitrer entre des interprétations juridiques opposées, dans un dossier où les décisions successives de justice ont déjà contribué à brouiller les lignes.
Une consignation fixée par la justice
Dans cette procédure, le tribunal a fixé une consignation de 15 000 euros à la charge du groupe Partouche. Cette somme constitue une garantie financière demandée dans le cadre de la poursuite de l’action en justice. Elle est destinée à encadrer la recevabilité de certaines demandes et à couvrir d’éventuels frais de procédure.
Ce montant, bien que relativement modeste au regard des sommes réclamées au titre des préjudices, illustre néanmoins la complexité du dossier et la volonté du tribunal de structurer l’examen du litige dans un cadre strictement procédural.
Un casino au cœur d’enjeux économiques locaux
Au-delà du contentieux judiciaire, le casino de Berck-sur-Mer représente un enjeu économique important pour la station balnéaire. L’établissement constitue historiquement un point d’attractivité touristique et un acteur économique local, générant emplois directs et indirects, ainsi que des retombées pour le tissu commercial environnant.
Les périodes d’incertitude autour de son exploitation ont donc eu des conséquences locales, notamment en matière d’activité saisonnière et de visibilité touristique. Dans ce contexte, la transition de gestion entre les opérateurs s’inscrit dans une logique de continuité d’exploitation, mais aussi de repositionnement stratégique.
Une nouvelle page avec le groupe Infiniti
Parallèlement au volet judiciaire, une nouvelle étape s’ouvre pour le casino avec l’arrivée du groupe belge Infiniti, désormais titulaire de l’exploitation pour les douze prochaines années. Cette attribution marque un tournant important dans la gestion de l’établissement, avec un projet de transformation en profondeur.
Selon les informations communiquées, le groupe Infiniti prévoit une réouverture du casino avant l’été. L’objectif affiché est de moderniser l’offre de jeux et de repositionner l’établissement comme un lieu attractif et compétitif dans le secteur des casinos régionaux.
Le projet comprend une refonte complète de l’espace intérieur, avec une nouvelle décoration, une réorganisation des salles de jeux et l’installation de machines à sous de dernière génération. L’ambition est également de repenser l’expérience des visiteurs, en améliorant la circulation dans les espaces et en adaptant l’offre aux nouvelles attentes des clients.
Un investissement conséquent pour relancer l’activité
Le montant des investissements annoncés pour cette transformation est estimé entre 6 et 8 millions d’euros. Cette enveloppe doit permettre non seulement la modernisation des équipements, mais aussi une montée en gamme de l’établissement.
Dans un secteur fortement concurrentiel, où les casinos doivent sans cesse se renouveler pour attirer une clientèle diversifiée, ces travaux s’inscrivent dans une logique de repositionnement stratégique. L’objectif est de rendre le casino plus attractif, tant pour les habitués que pour les visiteurs de passage sur le littoral.
Une affaire loin d’être terminée
Malgré les perspectives de réouverture et de transformation, le volet judiciaire reste entièrement ouvert. Le renvoi de l’audience au 4 février prolonge une incertitude juridique qui continue de peser sur les relations entre les anciens exploitants, les autorités locales et les nouveaux gestionnaires.
Cette affaire illustre la complexité des situations où s’entremêlent droit administratif, décisions de justice successives et enjeux économiques locaux. Le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer devra donc, dans les prochains mois, tenter de démêler les responsabilités et d’évaluer les préjudices invoqués par le groupe Partouche.
En attendant, le casino de Berck-sur-Mer se prépare à tourner une nouvelle page avec son nouvel exploitant, tandis que le contentieux continue de suivre son cours, dans un dossier qui reste l’un des plus suivis du littoral régional.


